C'est la fête de la mi-carême à l'Isle-aux-Grues

Posté par Denise - 13 mars 2013 | 0 Commentaires

Tags:

Venez célébrer la mi-carême de l'Isle-aux-Grues. C'est la fête toute la semaine du 11 au 17 mars. Et n'oubliez pas de déguster notre fromage nommé en l'honneur de cette belle fête traditionnelle: Le Mi-Carême!

Sylvie Ruel, collaboration spéciale
Le Soleil, publié le 2 mars 2013

 Les Gruois se préparent à fêter la mi-carême

«Mon Dieu que vous devez vous ennuyer durant l'hiver!» disent les touristes qui fréquentent le gîte de Lucie Vézina, durant l'été, à L'Isle-aux-Grues.«Jamais dans cent ans! Nos hivers sont trop courts», réplique-t-elle à ses visiteurs qui en demeurent bouche bée.

Drapée de blancheur, cette île de huit kilomètres isolée au milieu du Saint-Laurent, semble endormie pour l'hiver. Mais les 120 habitants qui y vivent sont fort occupés. Les dimanches de janvier, ils se rassemblent pour la criée des âmes (la plus ancienne tradition de l'île). En mars, ils font les sucres. Et entre les deux, ils célèbrent la mi-carême, une vieille coutume d'origine française disparue au Québec, sauf en de rares endroits.

 De nos jours, seulement trois villages québécois s'adonnent encore à cette tradition : Natashquan, sur la Côte-Nord, Fatima aux Îles-de-la-Madeleine et L'Isle-aux-Grues, l'une des 21 îles formant l'archipel du même nom, et la seule habitée. C'est à ce dernier endroit que sont fabriqués les costumes les plus élaborés.Autrefois, on faisait une pause au milieu du carême : on mangeait, on buvait, on dansait et on se déguisait pour jouer des tours, pour ne pas se faire reconnaître et aussi pour faire peur. «La mi-carême à l'île était une fête de guenilloux», se souviennent les trois soeurs Lucie, Jocelyne et Louise Lavoie. «Les hommes se mettaient des sacs de farine ou des poches de patates sur la tête et ils se fabriquaient des masques avec de la broche de poulailler.»

Puis la fête a été interrompue pendant une quinzaine d'années avant d'être reprise au début des années 70, sous la recommandation du curé qui souhaitait que l'hiver soit pour ses paroissiens moins long à traverser. «Nous avons fabriqué nos premiers costumes avec de vieux rideaux et couvre-lits», se rappelle Lucie Vézina. Aujourd'hui, la collection de costumes de L'Isle-aux-Grues a de quoi faire rougir d'envie les plus habiles couturières et elle fait la convoitise des collectionneurs.Les préparatifs commencent dès janvier : les femmes se rassemblent les après-midi et les soirs dans les cuisines pour créer et confectionner en cachette les habits des mi-carêmes. «Même nos amis ne savent pas ce que nous préparons», dit Lucie Vézina.

 Costumes faits à la main

 Grâce à leurs doigts de fée, des centaines de mètres de tissu se transforment année après année en costumes des plus originaux : chats bottés, magiciens, Mexicains, autruches, geishas, sorcières, sirènes... coccinelles, dragons chinois, oiseaux du paradis, marquises bleues...Elles courent les Maxi-Dollars et les Dollorama à la recherche de ces perles, pierres, paillettes, plumes, rubans qui rehausseront leurs costumes. Elles peignent aussi les masques et fabriquent tous les accessoires. Les femmes ne comptent ni les heures ni les sous : un costume a exigé jusqu'à 100 heures de travail, un autre a coûté 300 $ à fabriquer.

«Le plus difficile, dit Louise Lavoie, c'est de trouver des idées et de dénicher les fameux tissus. Nous aimons le beau et nous sommes devenues très perfectionnistes, dit-elle. Nous pouvons coudre durant toute une journée et défaire le tout, le lendemain, si nous ne sommes pas contentes.» Mais où puisent-elles leur inspiration? Ce peut être une image dans un livre pour enfants, avoue Louise. Ou bien une publicité, un personnage d'actualité, etc.

 Chaque année, de 25 à 30 nouveaux costumes s'ajoutent ainsi à la collection, qui en compte maintenant près de 400. On les range dans des coffres de cèdre au grenier et durant l'été, on les expose au Musée de la mi-carême pour les montrer aux touristes.Tous les soirs, pendant une semaine, au mois de mars, les mi-carêmes sortent dans la nuit. Les premiers jours sont réservés aux guenilloux et aux costumes des années précédentes ainsi qu'au magnifique galonné, le costume traditionnel de l'île : il s'agit d'un complet d'homme recouvert de rubans multicolores, de galons, de paillettes, de fleurs en papier, accompagné d'un chapeau ayant la forme d'une mitre d'évêque.Au milieu de la semaine, il n'est pas rare de rencontrer le «p'tit bonhomme pas de tête», personnage légendaire de l'île. Une douzaine de maisons au village ouvrent leurs portes aux fêtards.Cordés dans des autos ou des camions, ces derniers vont de maison en maison, y entrent à la queue leu leu avec leur musique.

Qui sera démasqué?

 Ils dansent devant leurs hôtes et modifient leurs voix, leurs gestes, leurs mimiques. Car réussir sa mi-carême consiste à ne pas être reconnu. Qui donc se cache sous ce fabuleux costume? «C'est sûrement Gina... Je parie que c'est Lucie... Tiens, ça, c'est Julien... ou peut-être Florent», entend-on dans les salons. Pas évident de passer inaperçu dans ce village tricoté serré. Mais l'étranger qui passe la mi-carême sera vite démasqué. Une fois reconnus, les mi-carêmes enlèvent leurs masques et acceptent le «p'tit boire» qu'on leur offre en guise de bienvenue.Ce n'est que le dernier soir de la semaine que sortent les nouveaux costumes. La soirée se termine à l'Auberge des Dunes, sous les yeux émerveillés des petits et grands et dans une salve d'applaudissements. «Notre plus grande récompense, disent les soeurs Lavoie, c'est le regard plein d'admiration des gens. Nous sommes fières de ce que nous faisons et chaque année la marche est de plus en plus haute, car les attentes de notre public, de plus en plus grandes.»

 «Fêter la mi-carême est pour nous une façon de nous rassembler, affirme Jocelyne Lebel. Et cette tradition ne semble pas sur le point de disparaître, car les jeunes aussi sont dans le coup. Même pour les jeunes qui vivent à l'extérieur de l'île, la mi-carême est sacrée. Ils viennent avec leurs chums et leurs blondes qui prennent aussi part à la fête.»

 À savoir

Quand: du 11 au 17 mars

Pour y aller: Air Montmagny,418 248-3545. Il faut réserver. Coup de coeur pour ces cinq minutes au-dessus du fleuve à regarder les glaces dériver et les petites maisons colorées dispersées sur la blancheur de l'île.

 Où dormir:

- Maisons du Grand Héron : on peut dormir en auberge, en yourte et en tipi. Coup de coeur pour le dodo en tipi. www.maisonsdugrandheron.com

- Auberge des Dunes : www.aubergedesdunes.com

- Des gîtes du passant offrent aussi l'hospitalité. S'adresser à la Corporation touristique de L'Isle-aux-Grues : 418 241-5117

Où manger:

- Maisons du Grand Héron. Coup de coeur pour les pâtes sauce rosée à l'esturgeon.Souper avec parade des mi-carêmes, les 15 et 16 mars.

- Auberge des Dunes : Brunch de clôture de la mi-carême, le 17 mars.

Quoi faire: randonnée pédestre et randonnée en raquettes. Coup de coeur pour la randonnée en raquettes à la pointe aux Pins.

Envoyer votre commentaire

Commentaires

Personne n'a encore commenté cette page.

flux RSS pour les commentaires de cette page | Flux RSS pour tous les commentaires